PAUVRE ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE
La mission de l’Ecole de la République est de préparer l’intelligence de demain, de préparer la Nation de demain : de préparer l’Avenir !
L’Ecole de la République ne peut être envisagée dans l’immédiateté mais bien au contraire dans le temps long.
Selon la logique néolibérale, le professeur est un improductif. Le professeur n’est pas rentable. Le néolibéral ne voit la rentabilité que dans le court terme
Le mouvement lycéen que nous connaissons actuellement est une des conséquences de la transformation de l’Ecole de la République sous les coups de butoir de l’idéologie néolibérale selon laquelle toute activité se doit d’être rentable… au sens financier du terme bien sûr : elle doit rapporter plus qu’elle coûte ! Les néolibéraux ne retiennent donc qu’une temporalité courte.
Or, une nation qui rechercherait avant tout l’Intérêt Général devrait systématiquement exclure du marché certaines activités. Par exemple, devraient figurer en tête de liste l’instruction des ses enfants, la santé de sa population, l’accès à l’eau potable, l’accès aux sources d’énergie…
Un auteur classique, Adam Smith, qu’on ne peut pas suspecter - quoique - d’être affilié à la France Insoumise expliquait les devoirs du souverain dans son oeuvre majeure « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » : Livre V Section 3 «Le troisième et dernier des devoirs du souverain ou de la république est d’élever et d’entretenir ces ouvrages et ces établissements publics dont une grande société retire d’immenses avantages, mais qui néanmoins de nature à ne pouvoir être entrepris ou entretenus par un ou par quelques particuliers, attendu que, pour ceux-ci, le profit ne saurait jamais leur en rembourser la dépense. » (Edition GF page 345)
Or, nous nous en éloignons un peu plus chaque jour qui passe car toutes ces activités représentent une manne financière considérable et donc la potentialité de réaliser de gigantesques profits dès leur captation.
L’enseignement est un de ces marchés potentiels. Les groupes financiers néolibéraux sont à l’affût et comptent sur le Politique pour mettre à mal notre système social qui repose sur une solidarité intra et intergénérationnelle, une solidarité dont les deux principaux vecteurs sont les cotisations sociales et l’impôt progressif (1).
Aujourd’hui, le mouvement d’ampleur des lycéens a mis sur le forum l’état de l’Ecole de la République.
Voici deux exemples des méfaits de l’idéologie néolibérale : l’évolution des postes mis au concours CAPES externe public et le dispositif de remplacement des professeurs
1) Le nombre de postes mis au concours
Si on s’intéresse au nombre de postes proposés au concours du CAPES externe public depuis 2007 force est de constater les diminutions drastiques sous les présidences Sarkosy et Macron. (Voir tableau)
Il faut également remarquer le nombre parfois important de postes qui ne sont pas pourvus. Si un nombre de postes peut ne pas être pourvu sur décision des jurys qui considèrent insuffisant le niveau des candidats, on peut aussi retenir l’insuffisance du nombre de candidats en raison du manque d’attractivité du métier de professeur.
Au cours de ma carrière dans l’Education nationale (28 ans comme prof en lycée, dont 26 comme titulaire après le concours du CAPES, j’ai pu observer la dégradation des conditions d’enseignement des professeurs mais aussi celles des personnels non enseignants.
- Des groupes classe souvent au-delà de trente élèves,
- On attend de plus en plus que le professeur devienne un animateur… un GO !
- Des conditions de rémunération peu attrayantes compte tenu du niveau de qualification…
- Sous effectif flagrant d’infirmières scolaires.
Ainsi, Devenir professeur attire de moins en moins.
2) Les Titulaires sur zone de remplacement (TZR)
Les modalités de remplacement dans l’enseignement du second degré ont été transformées en 1999 par le Décret n°99-823 du 17 septembre 1999 relatif à l'exercice des fonctions de remplacement dans les établissements d'enseignement du second degré qui a créé les TZR (titulaires sur zone de remplacement).
L’idée était intéressante et devait permettre de répondre à l’impératif de pallier les absences courtes des professeurs. Cela nécessitait qu’un volant de professeurs titulaires n’ait pas d’affectation à l’année mais serait disponible pour effectuer des remplacements sur une zone géographique donnée.
Très rapidement ce dispositif a été dévoyé par certains responsables pour lesquels ces professeurs étaient, selon eux, payés à ne rien faire. Pourtant la tâche de ces professeurs TZR nécessite un investissement particulièrement important.
En effet, le TZR peut être appelé à effectuer un remplacement couvrant tous les niveaux d’enseignement de la 6ème à la Terminale. Lorsqu’il arrive sur un remplacement de quelques jours, il est impératif qu’il soit immédiatement opérationnel.
En effet, l’efficacité du TZR repose sur la connaissance parfaite de l’ensemble des programmes par niveau
En effet, l’efficacité du TZR repose sur la connaissance des différents manuels qui sont utilisés et donc celui retenu par l’enseignant remplacé.
Être TZR, n’est pas une sinécure, loin s’en faut. Le travail en amont du remplacement est loin d’être négligeable.
La myopie et la méconnaissance du métier de professeur par des responsables politiques et de technocrates hors sol a rapidement détourné le dispositif en nommant de plus en plus de TZR sur des postes à l’année pour pallier l’insuffisance du recrutement par concours.
Alors que fait-on ? On recrute des « enseignants » contractuels, travailleurs précaires de l’Education nationale, dont les conditions de travail et de rémunération sont à des années lumière du niveau des attentes qui reposent sur leurs épaules.
Recrutés dans l’urgence, l’Institution n’a pas toujours l’exigence idoine sur le niveau de formation initiale requis. À cela, il convient d’ajouter que les contractuels sont la plupart du temps jetés dans l’arène sans aucune formation professionnelle, sans aucune notion de la gestion d’un groupe classe. Notons aussi qu’en zone rurale, le TZR doit, souvent, faire face à de longs trajets pour se rendre sur son lieu de travail.
Le prof est « remplacé » ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’est-il pas ?
Il est loin le temps où, recruté à Bordeaux comme jeune maître auxilliaire sur la base de mon admissibilité à l’écrit du CAPES, l’inspectrice pédagogique régionale de la discipline m’a fait suivre, avec les néo-titulaires de l’année, la formation pédagogique disciplinaire pour me mettre le pied à l’étrier dans les meilleurs conditions.
NOTRE ÉCOLE EST NOTRE AVENIR
(1) impôt dont le taux augmente avec l’assiette.
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