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21 Aug

HARO SUR LES ENSEIGNANTS

 - Catégories :  #INTERIEURE

Hier 20 août 2026, la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), a publié une note reprise aussitôt par le Figaro, puis ce matin par bien d’autres médias. Tous ces médias n’ont retenu que deux informations, sans doute pour faire le buzz : en 2024, le salaire moyen des enseignants était de 3090 euros et a augmenté de 4,3 %.
Dans un premier temps, on essaiera de comprendre le non sens du recours aux chiffres annoncés puis on s’interrogera sur les motivations du choix de cette forme de communication.

1) Intéressons-nous d’abord à ce chiffre de 3090 euros en moyenne puis au pourcentage d’augmentation de ce salaire moyen qui est communiqué : + 4,3 %
11) Une moyenne n’apporte guère d’informations et de sens. Par exemple les notes à un devoir dans une classe de 20 élèves : moyenne à ce devoir 10/20. On pourrait dire : « c’est bien, la classe est dans la moyenne. Pourtant cette moyenne de 10 cache la distribution des notes : 6 copies à 20 ; 1 copie à 19 ; 1 copie à 18 ; 2 copies à 15 ; 1 copie à 13 et 9 copies à 0. La médiane de cette distribution est de 14 : cela signifie que la moitié des élèves ont obtenu une note supérieure à 14 et l’autre moitié une notre inférieure à 14. C’est tout de même bien plus instructif.
Ainsi, un salaire moyen de 3090 euros annoncé ne nous apprend rien quant à la distribution des salaires entre les différents enseignants selon leur corps, leur ancienneté, leur échelon indiciaire.
C’est pourquoi la communication d’un salaire médian eût été plus pertinente, ou encore celle d’une présentation en ayant recours pour chacun des corps aux déciles. Disposer d’un indicateur de dispersion tel que l’écart-type serait bien sûr une des meilleures solutions pour appréhender l’information. Cependant, assez peu de monde sait de quoi il s’agit, d’où le recours à la médiane est un moyen terme qui m’aurait paru ici fort acceptable. Ceci me fait soupçonner une dimension Ô combien politique de cette note 26-36 de la DEPP(voir partie 2).
Certes, cette note produit un magnifique graphique présentant salaire moyen et médian séparément pour chacun des corps et effectivement moyenne et médiane sont assez voisines… quoique : il faut tenir compte aussi de l’échelle du graphique. Il convient cependant de remarquer le décalage des étendues de salaire entre les différents corps ce qui a un impact évidemment sur le salaire médian tous corps confondus.
12) En rester à ce taux de variation de + 4,3 % est également bien insuffisant pour bien apprécier sa signification. Cela veut-il dire que le salaire réel ou salaire en euros constants a augmenté de 4,3 % c’est-à-dire que le pouvoir d’achat du salaire des enseignants a augmenté de 4,3 % ?
121) La masse salariale peut connaître une augmentation mécanique expliquée par les changements d’échelon ou des changements de corps ( par exemple un professeur certifié « classe normale » qui passe à la « hors classe » ou bien accède au corps des professeurs agrégés)
122) On peut regretter le choix de la population retenue qui apporte à mon sens un biais : ne sont pas retenus les personnels, enseignants vacataires et contractuels, dont les rémunérations et conditions de travail n’ont que peu de chose à voir avec celles de leurs collègues titulaires. Dans le second degré (collèges et lycées) ils représentent pas loin de 10 % des effectifs et presque le double dans l’enseignement supérieur. 123) On peut aussi s’interroger sur le choix de la période. N’oublions pas que le point d’indice a été gelé de 2017 à 2022 et ce n’est qu’en 2023 qu’il connaît une revalorisation de 1, 5 % puis début 2024 on voit l’adjonction de 5 points d’indice à tous les enseignants. Cette augmentation en valeur absolue été plus ressentie pour les personnels connaissant les indices de rémunération les plus faibles.

2 Pourquoi une communication… sous cette forme ?
21) Bien-sûr, il n’est nullement question de remettre en cause ici le travail et la compétence des fonctionnaires qui ont produit cette note. Je suppose qu’ils ont dû travailler sur plusieurs scénarii de présentation et je suis convaincu que le choix retenu n’est pas de leur ressort mais de celui du Politique qui impose son point de vue au regard du message qu’il souhaite faire passer.
22) Compter sur une presse qui cherche à faire du buzz
221) Ne veut-on pas alimenter, sinon créer dans les esprits un mouvement anti-fonctionnaires et plus particulièrement « anti-profs ».
En période de « vaches grasses » le fonctionnaire est une sorte de paria car les rémunérations, à qualification identique, sont inférieures à celles du secteur privé tandis qu’en période de « vaches maigres » son statut change du tout au tout. Le fonctionnaire et sa rémunération ont une tout autre représentation dans l’imaginaire collectif d’autant qu’il bénéficie en plus d’une certaine sécurité de l’emploi. Le fonctionnaire est devenu alors un privilégié ! Il y a trop de fonctionnaires, il sont trop bien rémunérés : il convient alors d’épurer la Fonction Publique !
222) Dès la publication de cette note de la DEPP, le Figaro a publié « l’information ». On le comprend au regard de sa ligne éditoriale. Montrer que les enseignants sont « trop » bien rémunérés. On suggère ici, si ce n’est par l’image associée à l’information sur la page FB du Figaro, que si on cherche à réaliser des économies budgétaires, ils sont une cible loin d’être inintéressante. Aujourd’hui, au lendemain de la publication de cette note, de nombreux médias ont repris l’information.La reprise médiatique de cette note entre les diverses publications doit être mise en relation avec le matraquage médiatique montrant des représentants du gouvernement en plein brain storming pour faire des économies budgétaires et non pas pour rechercher des recettes là où il serait possible d’en réaliser. L’Espagne et certain pays scandinave, eux, y ont eu recours avec succès.
223) Le choix du salaire moyen n’est pas anodin
De nombreuses personnalités (par exemple Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014 https://academiesciencesmoralesetpolitiques.fr/2017/12/18/les-francais-et-leconomie/?utm_source=chatgpt.com) ont dénoncé la flagrante insuffisance voire l’absence d’un minimum de culture économique parmi les citoyens français. Le Politique, quant à lui, n’hésite pas à profiter de cette inculture pour « balancer» des «informations» qui, pour certains, seront mal lues, mal interprétées alors qu’elles nécessitent analyse distanciée et critique.Combien d’entre nous se souviennent de leurs cours de statistique descriptive mettant en exergue le calcul et le sens de notions de base simples comme le mode, la moyenne et la médiane et leur interprétation.

Conclusion
La comparaison de la rémunération des enseignants de l’Education nationale à celles leurs homologues européens n’est pas à l’avantage des profs français. Certes la France n’est pas dernière au classement mais bien dans en queue du peloton. Un graphique de l’OCDE (graphique joint) est tout à fait explicite de ce point de vue. Il est exprimé en parité des pouvoirs d’achat afin que les comparaisons soient pertinentes. (i.e. le pouvoir d’achat d’un euro n’est pas le même d’un pays à un autre. Il dépend du niveau général des prix (coût de la vie). La méthode dite PPA permet des comparaisons entre pays pertinentes).

En outre, notons ces quelques points mais qui relèvent d’autres débats :
- le peu d’attrait pour la carrière d’enseignant depuis quelques années et donc les difficultés de recrutement qui en découlent, peuvent être partiellement éclairés par le prisme de la rémunération ;
- depuis 2017, si on ne retient que les dix dernières années, la France, descendue à la 7ème place comme puissance économique, a aussi dégringolé et est bien mal placée, pour les indices PISA, indice corruption, indice de liberté de la presse, mortalité infantile…

Lien vers la note 26-36 de la DEPP

 

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